Thursday, October 2, 2008

L'arrivée

Vu d’avion, ce qui surprend le plus de la Chine, c’est la taille et la forme de ses montagnes. Plus hautes que les rondeurs familières de nos Laurentides, moins à pic que les Rocheuses, mais aussi torturées. Après avoir survolé pendant des heures la masse nuageuse à plus de 60 000 pieds, l’avion prend près d’une heure à perdre de l’altitude avant l’atterrissage. Pendant ce moment, on peut admirer le panorama splendide que nous offrent les montagnes chinoises. Puis on se retrouve au-dessus d’une nouvelle couche nuageuse, jusqu’à ce que je me rappelle le fameux smog de Pékin. On est arrivé. Malgré le décalage horaire, pas besoin d’avancer nos montres, il y a exactement 12 heures de différence.

Ce qui nous surprend le plus à la sortie de l’avion, c’est la chaleur et le taux d’humidité, d’autant plus qu’on est à l’intérieur de l’aéroport. Il n’y a pas d’air climatisé. Le temps de se rendre aux bagages, on est déjà trempé. On pourrait presque nager tellement l’air est mouillé. Un comité d’accueil chinois avec de petites pancartes 1st World Mind Sport Games nous attend - nous les athlètes de ces jeux de l’esprit - à l’aéroport avec une navette à notre disposition. Nous avons fait le voyage avec plusieurs bridgeurs canadiens, Marc-André Foucaudot, Vincent Demuy et Kamel Fergani. Des membres de l’équipe senior étaient aussi sur le même vol.

La première étape est le Beijing Convention Center, qui se trouve tout près du stade olympique, où on nous remet les badges qui nous permettront d’accéder au site. Les badges sont impressionants, ils sont presque aussi gros que les affiches Logement à louer que les propriétaires de chez nous placent dans leurs fenêtres lorsqu’un logement devient vacant. Il faut attendre une autre navette qui, cette fois, nous emmènera à notre hôtel. Marc-André s’impatiente et part en taxi avec Vincent Demuy. L’hôtel n’est pas loin, à peine un kilomètre, du moins, c’est ce qui était mentionné sur le site internet. Pourtant, on a l’impression de parcourir une distance beaucoup plus grande. En tout cas, c’est long.

On loge au CNCC Grand Hotel. Les chambres sont spacieuses, les lits confortables, le rangement adéquat. La seule différence notable par rapport aux hôtels nord-américains est la présence de deux masques à gaz dans une des unités de rangement. Mon Dieu ! Y a-t-il quelque chose à craindre ici ? L’hôtel est neuf, il a été construit pour les Jeux olympiques. Marc-André et Vincent finissent par arriver après avoir erré sur plus de 26 kilomètres en taxi. Le chauffeur ne comprenait ni ne lisait l’anglais. On se demande encore comment il a fait pour les conduire à bon port.

On se rejoint tous au bar avant d’aller souper. Notre capitaine, John Rayner, et nos coéquipières sont arrivées. La préposée à la réception a recommandé à Marc-André un restaurant chinois (évidemment) à quelques blocs de l’hôtel. On part à pied. Il y a un grand boulevard devant l’hôtel. Le restaurant se trouve deux blocs plus loin, mais les blocs sont tellement longs (ou nous sommes tellements fatigués) qu’on a l’impression de marcher pendant des kilomètres. La ville sent mauvais. Dès qu’il y a un souffle de vent, c’est encore pire.

Le restaurant est très grand, sur deux étages. On nous installe dans une petite pièce fermée avec une table ronde et un grand plateau tournant en son centre. Le menu pour touristes contient les photos des plats avec leur nom en anglais. On choisit une dizaine de plats que nous nous partagerons à huit. Les premiers plats sont très relevés, on a la bouche en feu. Heureusement, nous avions commandé de la bière (ils nous apportent de la grosse, qu’ils servent tablette) pour apaiser ce feu.

Je m’endors, je n’ai presque pas dormi depuis quarante-huit heures. Un peu dans l’avion, des petits sommes d’une demi-heure ou d’une heure à la fois.

Les toilettes du restaurant sont modernes, céramique partout, beaux robinets et toilettes… turques en porcelaine blanche. Il y a de l’eau partout sur les planchers, près des lavabos et des toilettes, sauf que là, je ne suis plus tout à fait sûre que ce soit de l’eau. Il faut s’accroupir pour faire pipi et le papier de toilette est absent. Non seulement il est absent, mais il n’y a même pas de support pour en mettre ! Je comprends pourquoi on nous a conseillés d’apporter du papier de toilette.

La nourriture est bonne, même si on n’est pas absolument certain du type de viande qui est dedans. Avant de commander, on a pris la peine de vérifier que ce serait bien du poulet ou du bœuf, mais comment en être sûr ? Certaines viandes ont un goût étrange et un aspect inconnu par chez nous. L’addition arrive et il s’avère que cela nous coûtera moins de 10 $ par tête, pourboire inclus.

Au retour, la fatigue est trop forte et nous décidons de prendre un taxi… fous que nous sommes. On se divise, car on est trop nombreux pour embarquer dans un seul. Trois d'entre nous décident de rentrer à pied. Ils arriveront les premiers à l’hôtel. Kamel montre sa carte d’hôtel au chauffeur, mais celui-ci ne semble pas comprendre quelle est notre destination. Alors Kamel lui fait signe qu’il n’a qu’à aller tout droit… Mais voilà, en quittant l’hôtel, nous n’avions pas vu que le boulevard devant celui-ci n’était qu’un trompe l’œil, le vrai boulevard passe dessous et, pour accéder à l’hôtel, il faut utiliser une petite voie de service. Il est trop tard pour faire demi-tour, on s’engage dans quelque chose qui ressemble au tunnel Ville-Marie et qui débouche des kilomètres plus loin… Le chauffeur de taxi ne comprend pas l’anglais et il n’a aucune idée où nous allons. Au secours ! Après de longues minutes d’angoisse, on a fini par apercevoir le stade olympique et Kamel, qui semble posséder un bon sens de l’orientation, a guidé le chauffeur jusqu’à notre hôtel. En fait, il avait essayé, un peu avant l’heure du souper, de retourner à pied au Beijing Convention Center, mais comme le site est clôturé partout, il n’a pas réussi à trouver un passage.

Je suis morte de fatigue. J’avale un cachet de mélatonine, je ferme les rideaux et je mets le masque de sommeil Nikken. Je m’endors tout de suite.

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